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Quand ils approchèrent du domaine, Clarisse sortit un clavier sophistiqué pour la porte. Empreinte digitale, scan rétinien — une sécurité digne d'un film d'espionnage.
— Et mon code d'accès, c'est pour quand ? demanda Elysée, à moitié sérieux.
Les lèvres de Clarisse esquissèrent un sourire léger.
— Patience, Monsieur Dago. Tout vient à point.
Au-dessus, à une fenêtre surplombant la grille, Dame Isabelle se tenait parfaitement immobile, sa silhouette encadrée par des rideaux onéreux. Son regard était rivé sur eux, avec l'intensité d'un prédateur. À côté d'elle, la chef Marguerite se tenait légèrement en retrait, ses cheveux argentés captant la lumière de l'après-midi.
Les grilles s'écartèrent dans un murmure électronique quasi silencieux, l'allée s'étirant devant eux comme un ruban interminable d'asphalte impeccablement entretenu.
Depuis l'une des fenêtres, Elysée aperçut quelqu'un qui l'observait. Un éclair de cheveux argentés — c'était Marguerite, la chef. Elle se tenait silencieuse, les yeux fixés sur lui avec cette intensité qu'elle portait toujours. Un instant, son regard sembla le clouer sur place, puis elle disparut derrière les rideaux.
Elysée sortit de la voiture, sentant la brise fraîche sur son visage. Il leva les yeux par instinct et vit Marguerite à nouveau, son visage partiellement visible depuis une autre fenêtre. Son regard s'attarda sur lui plus longtemps cette fois, comme si elle l'étudiait.
À son insu, une autre silhouette observait. Depuis sa chambre, qui faisait face à la grille, Dame Isabelle se tenait près de la fenêtre, le regard inaltérable. Quand la voiture s'immobilisa enfin, elle s'éloigna de la fenêtre et se dirigea vers le couloir à l'extérieur de sa chambre.
— Rejoignez-moi, Monsieur Dago, appela la voix d'Isabelle, suave depuis l'étage.
Il se retourna et la vit sur le corridor supérieur. Son balayage le scruta, notant chaque détail de son apparence transformée. Elle ne dit pas grand-chose — elle n'en avait pas besoin. Son regard en disait long.
Clarisse lui ouvrit la porte principale, lui faisant signe d'entrer. Tandis qu'ils traversaient le couloir, l'atmosphère de la maison sembla peser plus lourd que d'habitude, presque étouffante.
Marguerite réapparut, sortant de la cuisine avec un plateau à la main. Ses yeux s'écarquillèrent légèrement en le voyant. Pour la première fois, elle semblait surprise.
— Oh là là, dit-elle, son accent français enveloppant ses mots comme de la soie. Vous avez... changé. Vraiment impeccable.
Elysée offrit un sourire poli, bien qu'il sente son regard s'attarder.
— Merci, répondit-il, incertain de ce qu'il fallait ajouter.
Marguerite ne répondit pas, se contentant d'un petit hochement approbateur avant de disparaître à nouveau dans la cuisine. Même après qu'ils s'éloignèrent, il sentit son regard le suivre jusqu'à ce que lui et Clarisse sortent de son champ de vision.
Ils s'arrêtèrent devant la chambre de Dame Isabelle. Clarisse frappa deux coups, ses gestes précis.
— Entrez, appela la voix d'Isabelle, douce et composée.
À l'intérieur, elle se tenait près de son bureau, vêtue d'une robe de soirée moulante qui épousait ses courbes à la perfection. Le tissu scintillait de ces pierres précieuses cousues sur le vêtement, mettant en valeur sa silhouette. Elysée ne put s'empêcher de remarquer, bien qu'il s'efforça vite de détourner le regard, essayant de ne pas être trop évident.
— Le salon vous a plu ? demanda Isabelle, son regard verrouillé sur son visage, une pointe de chaleur dans la voix. Ils vous ont bien traité ?
— C'était... une aventure, répondit Elysée, choisissant ses mots avec soin. Le souvenir de la coupe de cheveux à mille livres lui nouait encore l'estomac.
Les lèvres d'Isabelle se courbèrent — pas tout à fait un sourire, mais quelque chose s'en rapprochant.
— Aventure, répéta-t-elle, comme si elle goûtait le mot. Choix de description intéressant.
Soudain, un bruit attira leur attention. Elysée se tourna vers la fenêtre juste à temps pour voir une voiture se garer devant la grille. Les lignes élégantes et l'éclat inimitable d'une Rolls Royce captèrent immédiatement son regard.
— C'est qui ça ? demanda Elysée, la curiosité piquée.
Isabelle ne répondit pas tout de suite. Elle désigna plutôt la porte.
— Venez avec moi, Monsieur Dago.
« Ai-je franchi les limites ? » pensa-t-il, hésitant un instant. Mais l'intrigue dans les yeux d'Isabelle le poussa en avant.
Clarisse les suivit d'un pas derrière tandis qu'ils se dirigeaient vers l'extérieur.
Konan apparut, ouvrant les portes d'un mouvement fluide.
— Demain, commença-t-elle, le regard fixé sur le véhicule approchant, vous vous présenterez chez Ashworth Luxury Events. Je vous ai obtenu un poste qui mettra à profit vos... talents uniques.
Elysée haussa un sourcil.
— Un poste ?
— En tant qu'assistant administratif, continua Isabelle, son ton n'admettant aucune interruption. Vous travaillerez directement sous ma responsable des opérations. Elle a été pleinement informée de votre arrivée et de votre parcours.
La façon dont elle prononça « parcours » fit se demander à Elysée quelles informations elle avait partagées. Le vol du diamant ? Ses compétences en maintenance ? Autre chose ?
— Vos responsabilités principales, élabora-t-elle, impliqueront la coordination d'événements, le soutien et la discrétion. Une discrétion absolue, souligna-t-elle, se tournant pour le regarder en face.
Les pas de Clarisse étaient presque silencieux derrière lui, mais Elysée sentait sa présence — vigilante, alerte.
— J'ai parlé à ma responsable des opérations de vos capacités uniques, continua Isabelle. Elle comprend que vous n'êtes pas un assistant ordinaire. Vos compétences vont au-delà du classement et de la planification.
La Rolls Royce se rapprocha, sa surface miroir reflétant les jardins impeccablement entretenus du domaine. Elysée se surprit à s'interroger sur le chauffeur, sur ce défilé apparemment sans fin de luxe qui l'entourait.
— Vous avez des questions ? demanda Isabelle, bien que son ton suggérât que c'était davantage une formalité qu'une véritable invitation à la discussion.
Konan se tenait à proximité, observant. La voiture approchante sembla marquer une pause momentanée, comme si elle attendait un signal non-dit d'Isabelle elle-même.
Elysée déglutit, douloureusement conscient de la transformation que sa vie avait subie en quelques jours. De coursier en difficulté à... quoi que ce soit qu'il était en train de devenir.
— Pas de questions, ma dame, répondit-il, les mots semblant à la fois étrangers et de plus en plus familiers.
Konan s'avança, ouvrant la portière passager d'un geste exercé. Le chauffeur émergea — grand, impeccablement vêtu d'un costume sombre qui semblait taillé sur mesure. Il s'approcha d'Isabelle avec une légère inclinaison, plein de déférence.
— Monsieur Dago, dit Isabelle, sa voix douce comme de la soie, voici votre nouveau transport. Il sera votre chauffeur principal à partir de maintenant.
Elysée cligna des yeux, son esprit peinant à comprendre les mots. Une voiture comme ça ? Pour lui ? La Rolls Royce semblait coûter plus que tout ce qu'il avait jamais possédé, combiné et multiplié plusieurs fois.
Clarisse se tenait légèrement en retrait, sa présence à la fois protectrice et observatrice. Une lueur d'amusement jouait au coin de ses lèvres tandis qu'elle observait la réaction d'Elysée.
— Je... quoi ? bafouilla Elysée, les yeux rivés sur le véhicule.
Les lèvres d'Isabelle se courbèrent en un léger sourire.
— Quelque chose ne va pas, Monsieur Dago ? Si la voiture ne répond pas à vos attentes, je peux la faire remplacer immédiatement.
— Non ! lâcha-t-il, avant de se reprendre. Je veux dire, non, ma dame. Elle est parfaite. Plus que parfaite, même.
Le silence plana un instant. Marguerite, observant depuis une fenêtre au-dessus, laissa échapper un petit sourire. Elle avait vu beaucoup d'hommes franchir ces grilles, mais peu semblaient aussi complètement déconcertés qu'Elysée en ce moment.
— Il sera à votre disposition, continua Isabelle, son ton n'admettant aucune contestation. Il gérera vos déplacements pour le travail et vos besoins personnels. Clarisse vous accompagnera en tant que votre escorte de sécurité rapprochée.
Le sourcil de Clarisse se leva légèrement, un mélange de surprise et d'autre chose — peut-être de l'intérêt — traversant son visage.
Isabelle plongea la main dans sa veste, produisant un smartphone élégant.
— Votre nouvel appareil de communication, dit-elle, le tendant à Elysée. Quand il hésita, ses doigts effleurèrent son épaule — un contact si léger qu'il était presque imperceptible, mais chargé de quelque chose d'indéfinissable.
Elysée sentit une chaleur étrange là où sa main avait été. Aussi vite que c'était arrivé, tout s'arrêta.
Konan s'avança, raccompagnant Isabelle vers la maison principale. Elle s'arrêta, se retournant vers Elysée.
— Le dîner est à vingt heures, dit-elle. La chef Marguerite prépare quelque chose de spécial. Je vous suggère de vous familiariser avec le domaine et vos nouvelles ressources.
Tandis qu'elle s'éloignait, Elysée croisa le regard de Marguerite depuis la fenêtre. Elle sourit — pas le sourire prudent et mesuré d'avant, mais quelque chose de plus chaleureux. Presque maternel.
Le chauffeur s'éclaircit la gorge.
— Je vous fais visiter, monsieur ?
Elysée rit, un son légèrement hystérique.
— Monsieur ? Moi ?
Clarisse s'approcha.
— Habituez-vous, Monsieur Dago. Votre vie a changé, et pas qu'un peu.
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