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Madame Clarisse se tenait là, immobile, face à Tidiane.
Elle faisait un effort surhumain pour le réprimander. Avant de franchir le seuil de la porte, elle s'était promis de lui passer un savon mémorable et d'exiger le paiement immédiat de son loyer. Mais là, pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, la colère s'était envolée. Elle n'arrivait plus à le détester, encore moins à hurler sur lui.
L'éclat féroce de son regard s'était terni, laissant place à une expression confuse.
Tidiane, lui, observait la scène avec attention. Il remarqua que la brume rose qui flottait dans la pièce enveloppait lentement Madame Clarisse. De fins filaments vaporeux dérivaient dans l'air pour s'enrouler silencieusement autour de son corps.
C'était flagrant : ce n'était plus la même femme qui, quelques minutes plus tôt, frappait violemment à sa porte. Madame Clarisse semblait soudain plus douce, presque fragile. Même sa façon de le regarder avait changé.
Tidiane plissa les yeux. Il se souvint soudain de cette étrange pierre rose vue la veille, celle qui avait disparu dans son front. Il avait cru à une hallucination, mais en voyant la brume et la réaction de la propriétaire, une pensée choc le traversa.
« C'est donc ça... un genre de pouvoir surnaturel ? »
Son cœur se mit à battre plus vite. Il fixa Madame Clarisse. Ses joues étaient légèrement rosées, et elle semblait totalement inconsciente de ce qui lui arrivait.
Tidiane décida de tester son hypothèse.
— Tante Clarisse, ne restez pas là debout, dit-il avec un sourire mielleux. Asseyez-vous. On peut s'arranger, ne soyez pas fâchée.
Tout en parlant, il tira une chaise près de la table et s'installa.
Madame Clarisse le regarda un instant. En temps normal, elle n'écoutait personne aussi docilement. Mais aujourd'hui, sans un mot, elle s'approcha et s'assit en face de lui.
Tidiane l'observa attentivement avant de baisser la voix.
— Tante Clarisse, vous savez bien qu'en ce moment, c'est dur pour les gens honnêtes de s'en sortir dans cette ville. Je n'ai pas de boulot pour l'instant et je galère vraiment pour survivre. Je vous demande juste d'être indulgente et de me donner dix jours de plus.
Il jouait la prudence. Il voulait mesurer avec précision l'impact de son pouvoir sur elle.
Madame Clarisse baissa les yeux. Une vague de pitié monta soudainement dans son cœur. Elle contempla le visage séduisant de Tidiane et songea à sa situation précaire. Elle poussa un léger soupir.
— Ce que tu dis est vrai, admit-elle. C'est vraiment difficile de s'en sortir honnêtement ici.
Les yeux de Tidiane s'illuminèrent. Si c'était l'ancienne Clarisse, elle l'aurait déjà envoyé paître en traitant ses excuses de mensonges grossiers. Mais là, elle éprouvait sincèrement de la sympathie pour lui.
— Donc, je ne vais pas être dure avec toi cette fois, continua-t-elle. Mais dans dix jours, il faudra absolument que le loyer soit payé.
Tidiane ne quittait pas la brume rose du regard. Elle continuait de s'infiltrer dans le corps de la femme. Plus elle en absorbait, plus son expression s'adoucissait.
Madame Clarisse ignorait tout du processus. Elle ressentait simplement une chaleur étrange monter en elle, une sensibilité accrue. Son cœur s'emballait dès qu'elle croisait le regard du jeune homme.
Convaincu que ce pouvoir était réel et pouvait manipuler les esprits, Tidiane décida de pousser l'expérience encore plus loin. Il prit un air contrarié, presque désespéré.
— Tante Clarisse...
Elle releva immédiatement la tête.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Tidiane se frotta les mains avec une gêne feinte.
— En fait, j'ai un besoin urgent d'argent là maintenant. Est-ce que vous pourriez me prêter cent dollars ? Je vous rembourserai tout, avec le loyer, dans dix jours.
Il scruta son visage. Dans n'importe quelle autre circonstance, Madame Clarisse aurait explosé. Prêter de l'argent à un locataire qui avait déjà trois mois de retard ? Elle l'aurait giflé et jeté à la rue sans hésiter.
Mais sous l'effet de la brume, sa mentalité avait basculé. Au lieu de la colère, c'est l'inquiétude qui se lut sur son visage.
— Mon petit, pourquoi tu ne m'as pas dit ça plus tôt ? Pourquoi tu fais le timide avec moi ?
Tout en parlant, elle ouvrit son sac à main. Sans la moindre hésitation, elle en sortit deux billets de cinquante dollars et les déposa dans la main de Tidiane.
— Prends ça pour commencer, dit-elle doucement. Si tu as encore besoin d'autre chose plus tard, n'hésite pas à me le dire.
Tidiane fixa l'argent. Pendant un instant, il resta sans voix. Madame Clarisse venait de lui donner de l'argent avec une facilité déconcertante.
L'excitation envahit Tidiane. Tout était clair : la brume rose n'était pas une illusion. C'était un don de charme, une capacité à rendre les gens obéissants.
Il baissa la tête vers les billets, puis releva les yeux vers la femme assise en face de lui. La propriétaire féroce et crainte de tout l'immeuble avait disparu. À sa place se trouvait une femme soumise.
Un sentiment de satisfaction étrange et sombre monta en lui. Ses yeux se plissèrent.
« Est-ce que je vais m'arrêter à l'argent ? » se demanda-t-il.
Bien sûr que non. Cette femme mûre et magnifique était là, vulnérable et sous son influence. Il repensa à l'orgueil et à la fierté qu'elle affichait habituellement. Tout le monde la respectait et la craignait dans le quartier.
Et pourtant, elle était là, docile.
« Ce corps a aussi besoin d'un bon dressage », pensa-t-il avec malice.
« Avec un pouvoir pareil, si je la laisse partir comme ça, je serais l'idiot le plus complet de ce monde. »
Tidiane serra fermement l'argent dans sa main, le regard devenu sombre et calculateur.
Madame Clarisse, elle, attendait toujours tranquillement, ignorant totalement que le jeune homme en face d'elle venait de changer radicalement ses intentions à son égard.
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